Plein texte
 Mot-clé

Images et témoignages  

L’exode

"Mi-juin 1940.

Depuis quelques temps, les Mériellois voient passer des réfugiés venus de l’Oise et du Nord, et écoutent non sans angoisse, les nouvelles alarmistes. L’armée allemande avance. Grande Rue, d’imposants mouvements de troupes françaises battant retraite augmentent encore la tension. Un char bouscule un soldat, mais personne ne prend le temps de le soigner. La Mairie finit par être coupée de toute communication avec la préfecture.

Alors l’évacuation du village est décrétée. Les familles s’en vont rejoindre parents et amis dans une région épargnée. La plupart sont à pied, avec un cheval et une charrette. D’autres prennent le train à Frépillon car la voie est coupée près du viaduc. Cependant, il faudra peu de temps aux Allemands pour rattraper et dépasser les gens sur les routes. Dès lors, fuir n’a plus de sens et la semaine suivante les premiers Mériellois reviennent.

Lorsque Gisèle et Denise rentrent, il règne un silence lourd dans le village abandonné. Mais le plus terrible reste à découvrir : pratiquement toutes les maisons ont été visitées. Des soldats y sont probablement entrés pour dormir et se servir. Mais les pillards leur ont emboîté le pas. Il ne reste que des portes forcées, des carreaux cassés et tous les objets précieux ont disparu.

 

Le Comptoir Français (Felix Potin) est vide et saccagé. La voiture n’est plus là mais dans le garage traînent encore des galons d’officiers. A la ferme du port, les clapiers sont vides, les lapins dans la campagne ; les vaches souffrent de ne pas avoir été traites. A son retour, M. Levezu, le cultivateur trouve un veau monté à l’étage de la maison d’à côté.

Face à ce désastre, c’est la stupéfaction. Et pourtant, chacun remet de l’ordre, fait l’inventaire de ses biens et reprend une vie "presque" normale. Dès lors, la région est occupée..."



5 juillet 1944 : Jour d’horreur !

9h20

"Ce matin-là, Denise se rend à la coop (face à la pharmacie de la Grande Rue) avec son pannier sous le bras. De la boutique, elle voit passer son amie Denise Milliancourt et, comme d’habitude, elles échangent de joyeux "bonjour Denise". Puis son amie continue dans la Grande Rue en direction de la crèmerie Palacio (face à la mairie, à l’angle de la rue T. Rousseau).



Une maison après un bombardement.

 

Près du pont, de retour de Butry, Marie-Louise papote avec une dame qui tout à coup lui crie : "Des Mosquitos !". Dans le ciel, elles les voient lâcher des balises aériennes, fumées rouges qui restent suspendues dans l’air. Pas très loin d’elles, un monsieur longe la voie. Rue du Bas Val Mary, Gisèle part faire les courses. Elle croise une dame qui peu après s’écrie "ils piquent sur le pont !" - et, la peur dans les yeux, chacune rentre s’abriter.

Très vite, c’est le drame. Les forteresses volantes, de très haut, égrennent leurs chapelets de bombes. A la coop, tout à coup, il y eut un bruit fracassant suivi d’un souffle énorme qui renverse Denise dans les casiers à bouteilles. La boutique et la rue sont remplis d’une épaisse poussière. Quand elle s’estompe, Denise qui s’est précipitée dehors découvre l’horreur. Au bout de la rue, une bombe est tombée sur la crèmerie. Il ne reste rien. Et, ce matin-là, premier jour du mois où l’on distribuait le beurre, vingt-quatre personnes étaient venues de bonne heure et faisaient la queue, des femmes et des enfants. Il n’y aura aucun survivant.


Sur la voie ferrée, une bombe a projeté le monsieur par terre. Un rail lui est retombé sur les jambes. Marie-Louise et la dame le secourent. Pas très loin de là, le Majestic, grand et bel hôtel, à l’angle de la levée du pont et de la route de l’Isle-Adam est détruit entièrement. Le couple qui le dirige périt sous les décombres. Pourtant, par prudence et peur des bombardements depuis quelques mois, ils montaient dormir chez M. Cessac rue de Belle vue. Ils venaient de regagner l’hôtel au moment où...

Sur le chemin de halage, au lieu dit "la Souris" près du blockhaus à l’entrée de Mériel, Albert Orhan, petit garçon d’une douzaine d’années garde ses chèvres comme d’habitude. Un éclat de bombe le tue.

Ce jour-là, George Corniau disparut aussi avec un attelage de boeufs et son lourd tombereau entre Mériel et L’Isle-Adam. On ne retrouva jamais la moindre trace ni de lui, ni de ses bêtes et du tombereau.

 



Décombres de l’épicerie après un bombardement.

A l’emplacement de la crèmerie Palacio, Denise voit la soeur du crémier en pleurs. Elle appelle son frère Michel et Pascaline sa soeur. Le curé, soutane relevée, et d’autres volontaires parcourent les ruines à la recherche d’éventuels blessés à secourir. Il leur faudra longtemps pour reconstituer et identifier les corps des victimes dont certains ne purent l’être."



Dany, Flying Officer



Soldat américain face à la boucherie .

 

"Peu avant le 14 juillet, un avion s’écrase sur la côte d’Hérouville. Trois hommes sont malheureusement tués mais quatre autres ont pu sauter en parachute et s’enfuir. L’un d’entre eux, Dany Bottle, australien de 25 ans, est récupéré par M. et Mme Hasfeed qui habitent tout près du "Père Goujon" à Butry. Dès lors, leur préoccupation est de le cacher. Mais se sentant repérés par l’occupant, ils préfèrent mener l’aviateur à Mériel chez des amis. Pour ne pas éveiller de soupçons, les gendarmes de Méry qui sont de connivence vont lui passer des menottes. C’est camouflé en malfaiteur qu’il arrive chez M. et Mme Barbier.

Mais, seul toute la journée, Dany s’ennuie et n’est pas rassuré. Alors, M. et Mme Gelot, oncle et tante de Geneviève Barbier et qui habitent à deux pas, acceptent de le recevoir chez eux au Comptoir Français (Félix Potin). Ils le cacheront plus d’un mois dans leur appartement jusqu’à l’arrivée des américains sans que personne à Mériel ne se doute de rien.

Quelques jours après la libération, Auvers organise un bal et fête avec les Alliés présents les aviateurs rescapés.
Des années après, vers 1955, Dany est repassé à Mériel avec sa femme et ses deux enfants pour remercier ses hôtes."

Accueil     Plan du site     Contact     Mentions Légales     Carte